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La
dite "crise des banlieues" de novembre 2005, est
due notamment au fait que ces banlieues (banlieue = le ban
à une lieue) , construites à l'écart
des grands centres urbains à partir de l'essor industriel
du XIXème siècle, sont devenues vers la fin
du XXème siècle des lieux d'enfermement.
La
"trajectoire urbaine", qui permettait à
un habitant ouvrier en banlieue d'évoluer progressivement
vers le centre urbain et donc vers un certain pouvoir économique,
ce que l'on a appelé "l'ascenseur social",
s'est en effet cassée avec la première crise
due au choc pétrolier des années 70. La situation
des banlieues défavorisées n'a cessé
de se dégrader, malgré des politiques de la
ville qui se sont succédées, et, par intermittence,
des explosions de colère, notamment de jeunes, qui
font trembler le pays.
La
ville de Marseille, malgré un taux de chômage
très élevé dans certains quartiers
défavorisés, connaît des tensions, mais
pas de crise majeure. Nous allons voir pourquoi |
Revenons
tout d'abord à l'évolution urbaine de la ville
: le territoire de Marseille est limité géographiquement
par la mer et les collines; il ne peut donc y avoir de villes
banlieue.
D'autre
part, Marseille, ville historique de négoce, n'a
pas connu au 19° siècle les industries lourdes,
mais des industries de transformation des produits coloniaux
touchées par la décolonisation. Les années
1960, avec l'afflux de 200.000 rapatriés, vont booster
artificiellement l'économie. On construit un habitat
verticalisé dans tous les espaces disponibles. L'habitat
social est intégré dans la ville et ses 110
villages. Mais cet essor fut cassé par la crise pétrolière
et l'arrêt du grand projet sidérurgique de
Fos. Marseille ne s'en remettra jamais, sa population tombe
de 1 Million d'habitants à 800 mille, le taux de
chômage est supérieur à la moyenne nationale
et peut atteindre jusqu'à 40% dans certaines cités.
La moitié des copropriétés les plus
dégradées de France sont ici.
Malgré
cela, Marseille bénéficie d'atouts remarquables
:
- Nos
habitants ont un très fort sentiment d'appartenance
à la cité. Ils sont Marseillais avant tout.
- Nous
n'avons pas de banlieue, donc pas d'opposition entre banlieue
et ville - centre; on peut même dire que notre centre-ville,
notamment le 3ème arrondissement, est un quartier
très défavorisé
- La
mer est un horizon ouvert pour l'habitat vertical. Avoir
un horizon ouvert permet de lutter contre le sentiment
d'enfermement. Les plages sont un lieu de détente
et de vacances pour tous les budgets.
- Le
tissu social est remarquablement étoffé.
Aidé par la ville, qui soutient 800 projets présentés
par 600 associations.
- Une
Unité de Prévention Urbaine, d’une
dizaine de fonctionnaires, unique en France, préfiguration
d'une police de proximité, et preuve du rôle
majeur de la prévention.
- Une
capacité d'intégration de populations d'origines
diverses exceptionnelle; ce qui ne veut pas dire que l'intégration
se fasse sans douleur ... même les italiens en ont
souffert au début du 20° siècle.
- Une
politique culturelle forte : c'est à Marseille
que la politique de la ville a le volet culturel le plus
important en France
- Enfin,
on ne saurait oublier la dimension religieuse et le rôle
des communautés.
A
Marseille, les priorités de la politique de la ville,
dans le contrat de ville 2000-2006, qui concerne 10 périmètres
représentant 1/4 de la population, sont :
3
priorités majeures :
- L'emploi,
compte tenu de notre situation (voir plus haut)
- L'éducation
Mise en place d'un programme de réussite éducative
des jeunes de 2 à 16 ans en situation de rupture,
avec des parcours individualisés et la mobilisation
de toutes les compétences nécessaires
- L'habitat,
le logement
Autres
priorités : santé, culture, prévention
et sécurité, citoyenneté, solidarité,
lutte contre les exclusions, etc..
La
politique de la ville à Marseille, c'est une équipe
de 45 personnes sur les territoires et 28 personnes à
la gestion du budget de 10 Millions €.
Une
dernière remarque. La crise actuelle des banlieues
aura au moins une incidence positive : elle a relégitimé
la "politique de la ville" en France.
Et,
n'oublions jamais que c'est un problème de société
pour lequel nous sommes tous acteurs.
Cpte-rendu
par Gilles THIRIEZ |