L’HUMAIN AU CŒUR DE L’URBAIN. La politique de la ville une chance pour MARSEILLE,
par Pierre Yves DEBRENNE, Directeur de la politique de la Ville, Mairie de Marseille
(Vendredi de St-Luc, 3 Dec 2005)

La dite "crise des banlieues" de novembre 2005, est due notamment au fait que ces banlieues (banlieue = le ban à une lieue) , construites à l'écart des grands centres urbains à partir de l'essor industriel du XIXème siècle, sont devenues vers la fin du XXème siècle des lieux d'enfermement.

La "trajectoire urbaine", qui permettait à un habitant ouvrier en banlieue d'évoluer progressivement vers le centre urbain et donc vers un certain pouvoir économique, ce que l'on a appelé "l'ascenseur social", s'est en effet cassée avec la première crise due au choc pétrolier des années 70. La situation des banlieues défavorisées n'a cessé de se dégrader, malgré des politiques de la ville qui se sont succédées, et, par intermittence, des explosions de colère, notamment de jeunes, qui font trembler le pays.

La ville de Marseille, malgré un taux de chômage très élevé dans certains quartiers défavorisés, connaît des tensions, mais pas de crise majeure. Nous allons voir pourquoi

Revenons tout d'abord à l'évolution urbaine de la ville : le territoire de Marseille est limité géographiquement par la mer et les collines; il ne peut donc y avoir de villes banlieue.

D'autre part, Marseille, ville historique de négoce, n'a pas connu au 19° siècle les industries lourdes, mais des industries de transformation des produits coloniaux touchées par la décolonisation. Les années 1960, avec l'afflux de 200.000 rapatriés, vont booster artificiellement l'économie. On construit un habitat verticalisé dans tous les espaces disponibles. L'habitat social est intégré dans la ville et ses 110 villages. Mais cet essor fut cassé par la crise pétrolière et l'arrêt du grand projet sidérurgique de Fos. Marseille ne s'en remettra jamais, sa population tombe de 1 Million d'habitants à 800 mille, le taux de chômage est supérieur à la moyenne nationale et peut atteindre jusqu'à 40% dans certaines cités. La moitié des copropriétés les plus dégradées de France sont ici.

Malgré cela, Marseille bénéficie d'atouts remarquables :

  • Nos habitants ont un très fort sentiment d'appartenance à la cité. Ils sont Marseillais avant tout.
  • Nous n'avons pas de banlieue, donc pas d'opposition entre banlieue et ville - centre; on peut même dire que notre centre-ville, notamment le 3ème arrondissement, est un quartier très défavorisé
  • La mer est un horizon ouvert pour l'habitat vertical. Avoir un horizon ouvert permet de lutter contre le sentiment d'enfermement. Les plages sont un lieu de détente et de vacances pour tous les budgets.
  • Le tissu social est remarquablement étoffé. Aidé par la ville, qui soutient 800 projets présentés par 600 associations.
  • Une Unité de Prévention Urbaine, d’une dizaine de fonctionnaires, unique en France, préfiguration d'une police de proximité, et preuve du rôle majeur de la prévention.
  • Une capacité d'intégration de populations d'origines diverses exceptionnelle; ce qui ne veut pas dire que l'intégration se fasse sans douleur ... même les italiens en ont souffert au début du 20° siècle.
  • Une politique culturelle forte : c'est à Marseille que la politique de la ville a le volet culturel le plus important en France
  • Enfin, on ne saurait oublier la dimension religieuse et le rôle des communautés.

A Marseille, les priorités de la politique de la ville, dans le contrat de ville 2000-2006, qui concerne 10 périmètres représentant 1/4 de la population, sont :

3 priorités majeures :

  • L'emploi, compte tenu de notre situation (voir plus haut)
  • L'éducation
    Mise en place d'un programme de réussite éducative des jeunes de 2 à 16 ans en situation de rupture, avec des parcours individualisés et la mobilisation de toutes les compétences nécessaires
  • L'habitat, le logement

Autres priorités : santé, culture, prévention et sécurité, citoyenneté, solidarité, lutte contre les exclusions, etc..

La politique de la ville à Marseille, c'est une équipe de 45 personnes sur les territoires et 28 personnes à la gestion du budget de 10 Millions €.

Une dernière remarque. La crise actuelle des banlieues aura au moins une incidence positive : elle a relégitimé la "politique de la ville" en France.

Et, n'oublions jamais que c'est un problème de société pour lequel nous sommes tous acteurs.

Cpte-rendu par Gilles THIRIEZ

A lire :

  • "Le ghetto français. Enquête sur le séparatisme social", par Éric Maurin, polytechnicien et docteur en économie.
  • "L'urbanisation à l'échelle de la mondialisation", par la revue Esprit.