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Le
5 avril 1709, il est nommé évêque de Marseille.
Il n'a que 39 ans. Il restera chez nous 45 ans, aura connu cinq
papes et seulement deux rois de France, Louis XIV et Louis XV.
Il arrivera à Marseille le 24 octobre 1710. Il s'avèrera
non comme un carriériste, ce qui était alors le
cas de certains de ses confrères, mais comme un humble
serviteur de L'Évangile. Comme on lui proposait des sièges
épiscopaux plus prestigieux que le sien, il refusa pour
rester à Marseille. "Marseille m'est chère
au-delà de ce que je puis vous dire… Si vous connaissiez
Marseille, vous verriez qu'on ne peut la quitter aisément".
Le pape Clément XII lui conférera le pallium et
Benoît XIV écrira à Mgr de Belsunce : "Nous
vous regardons comme notre joie et notre couronne, comme la gloire
et le modèle des pasteurs de toutes les Églises".
Dans
l'épreuve inattendue qu'a connue Marseille en 1720, cette
terrible peste qui décima la ville alors en plein développement
économique et démographique, Mgr de Belsunce sut
faire preuve d'un étonnant courage et d'une abnégation
sans faille. Il ne fut pas le seul. Les principaux chefs de la
cité tentèrent de lutter à leur manière
contre la maladie, "plus conscients sans doute que leurs
devanciers de leurs responsabilités et surtout davantage
guidés par l'espoir de vaincre le mal ou d'en limiter les
effets", comme l'écrit l'historien Régis Bertrand.
Mais
il est vrai que la personnalité de Mgr de Belsunce dopa
l'énergie des populations et des échevins, permit
de ne pas sombrer dans le fatalisme et de lutter contre la maladie
avec toutes les ressources de la médecine et de l'hygiène.
Il reste dans la mémoire collective comme le grand évêque
de Marseille dont on rapporte l'extraordinaire dévouement
au service des pestiférés, se faisant à l'image
de son Seigneur le serviteur de tous.
Il
ne lutta pas seulement contre la peste qui atteint le corps mais
aussi contre une autre peste qui ravageait l'Église : le
jansénisme qui avait profondément marqué
les esprits, et s'était développé en France
avec la Mère Angélique Arnauld, réformatrice
du monastère de Port-Royal, et Blaise Pascal… Les
jansénistes en arrivaient à nier la liberté
et professaient que Jésus-Christ n'était pas mort
pour tous mais seulement pour les élus. Mgr de Belsunce
rencontra des oppositions très fortes de la part des prêtres
et des religieux soutenus par le Parlement d'Aix, car cette querelle
théologique avait pris un tour politique.
C'est
sans doute pour répondre à cette double peste, celle
qui touchait les corps et celle qui touchait les esprits, que
Mgr de Belsunce consacra son diocèse au Sacré-Cœur
sous l'impulsion d'une visitandine mystique, Anne-Madeleine de
Rémuzat, et rappela avec fermeté que la foi chrétienne
était fondée sur la miséricorde, se souvenant
que, selon l'expression de saint Bernard, "la mesure de l'amour
de Dieu est d'aimer sans mesure". L'homme avait du caractère,
l'évêque qu'il était ne manquait pas de convictions
fortes. Curieusement, Voltaire dira de lui : "C'est un homme
dont le nom sera béni dans tous les siècles".
Comme représentants de l'Etat, comme élus, comme
responsables de l'économie, vous êtes de ceux qui
font l'histoire de la nation et de Marseille. Vous avez mis votre
compétence professionnelle, mais aussi vos qualités
de cœur, au service de cette ville qui mérite bien
d'être aimée. Vous êtes exposés aux
critiques, aux incompréhensions, parfois au rejet. Et vous
le ressentez d'autant plus cruellement que vous avez mis plus
de passion à servir cette cité à laquelle
vous êtes attachés. Mais vous avez conscience qu'il
faut lutter contre toutes les pestes qui gangrènent notre
société aujourd'hui comme au temps de Mgr de Belsunce.
Vous vous y attaquez avec ténacité, persévérance,
intelligence des situations, conscients des responsabilités
qui sont les vôtres, lors même que vous n'avez pas
toujours les moyens d'apporter des solutions efficaces aux problèmes
posés. Mais vous ne voulez pas vous décourager ni
baisser les bras.
A
l'origine de votre vocation, il y a ce sentiment que la nation
a besoin d'hommes et de femmes qui travaillent à sa cohésion
sociale, luttent contre les inégalités, promeuvent
la dignité de l'homme, assurent l'ordre social, ne craignent
pas de proposer des utopies sans lesquelles un pays risque de
sombrer en état d'hibernation.
Vous
le savez, il convient que ceux qui portent des charges administratives,
sociales, politiques et économiques soient guidés
par une certaine idée de l'homme, de son rapport à
lui-même et à son environnement. Pour nous qui puisons
notre vision de l'histoire dans la Parole de Dieu, nous croyons
que l'homme est sacré parce qu'il est créé
à l'image de Dieu et qu'à ce titre il mérite
d'être considéré, quelle que soit son origine,
sa culture, sa religion. Il nous faut combattre tout ce qui peut
le défigurer : la violence, qu'il en soit la victime ou
l'auteur, le mépris de la vie, la souffrance physique,
la solitude morale, l'exclusion sociale…
Que
de pestes contemporaines qui abîment l'individu ou la famille
et qui réclament, pour y faire face, sans doute une législation
juste mais plus encore l'imagination du cœur. Nous savons
qu'il y a aujourd'hui des catégories sociales complètement
déphasées, dont on dit qu'elles ont "décroché",
qui ont perdu les clés de compréhension de la société,
sans repères et sans projets. Les chrétiens se doivent
de travailler à l'intégration sociale de ces personnes
en situation de marginalité.
En célébrant la fête du Sacré-Cœur
du Christ, nous ne tombons pas dans la puérilité
ou l'affectivité naïve. Nous affirmons que pour nous,
selon la parole du disciple Jean, "Dieu est amour".
"Si Dieu nous a ainsi aimés, nous devons, nous aussi,
nous aimer les uns les autres. Si nous nous aimons les uns les
autres, Dieu demeure en nous, en nous son amour est accompli"
(1 Jean 4 11). "Car celui qui n'aime pas son frère,
qu'il voit, ne saurait aimer Dieu qu'il ne voit pas" (1 Jean
4 20).
Puisse
l'amour de Dieu se répandre surabondamment en cette ville
pour en faire la cité de la fraternité et de la
paix. Et puissions-nous, à notre place et selon notre responsabilité,
y contribuer.
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Bernard Panafieu
Cardinal Archevêque de Marseille En la fête du Sacré-Cœur
le 3 juin 2005 |