Méditation

Méditation du samedi 22 janvier 2005
Mathieu IV 13/23 - L’appel des disciples
 

Les Évangiles ont été écrits dans un style propre à l’Orient.

Cela correspond à l’époque de Jésus. Mais aujourd’hui encore, les orientaux ont un langage très imagé, plein de symboles, de paraboles. Ils comprennent très bien cette forme de paroles qui correspond à leur tempérament.

Jésus laisse toujours ses auditeurs interpréter ces symboles et ces paraboles. Chacun peut y trouver l’aliment qui lui convient, parce qu’il est d’une richesse infinie.

Dans cette méditation, je me suis surtout intéressée à « l’appel des disciples ».

J’ai été étonnée que ces hommes, sur un simple appel d’un homme qui passe, abandonnent travail, famille, brusquement, sans la moindre hésitation.
Je pense qu’ils connaissaient déjà Jésus, au moins par ouï-dire.

Ils avaient dû entendre parler de son enseignement, de l’homme et peut-être de ses miracles.
Et puis, ils sont, tous, galiléens, ils se connaissaient peut-être même comme voisins… Le narrateur ne nous le dit pas : pour lui, c’est sans doute une évidence. Mathieu veut nous amener tout de suite à l’essentiel.
Jésus connaît le cœur simple et droit de ces hommes. Comme tous les juifs, ces pêcheurs attendaient un homme fort, capable de les libérer de l’occupation romaine. (N’oublions pas que Simon Pierre était un zélote armé, c’est-à-dire un résistant.)

Le fait qu’ils se connaissaient expliquerait, en partie, la rapidité de la réponse et la fulgurance d’une telle décision… qui ne se prend pas à la légère, sur un coup de tête, mais après mûre réflexion.

En outre, il faut que cela corresponde à un besoin profond, à une soif de tout l’être, à une attente essentielle.
Cette attente, nous l’avons vue, était présente au cœur de tout enfant d’Israël.

Mais Jésus les appelle à une conversion intérieure, pas à une guerre, même sainte !

Ces pêcheurs ont sûrement reconnu en lui un grand prophète ou un envoyé de Dieu à son Peuple. Ceci expliquerait leur adhésion presque immédiate à Jésus et leur décision de le suivre sans hésitation.

Jésus appelle tout d’abord Simon Pierre et André.
On a traduit le mot hébreux « Petros » par Pierre.
Or, en hébreu « Petros » signifie « le premier, l’aîné ».
Peut-être Simon était-il l’aîné de sa famille…
C’est très important, dans la loi hébraïque, le droit d’aînesse. Souvenons nous d’Esaü qui vendit à son frère Jacob son droit d’aînesse pour un plat de lentilles… L’aîné était l’héritier, mais aussi, après le père, le responsable, celui sur les épaules duquel reposait l’avenir de la famille et aussi, parfois, de la tribu.

Ainsi, Simon est le premier appelé et nous savons que, plus tard, Jésus lui dira « Désormais, tu ne seras plus Simon mais Petros, mon premier né, celui sur lequel je bâtirai mon Église (mon assemblée).
J’ai toujours été très méfiante du jeu de mots sur le nom de Pierre, parce qu’il ne peut correspondre qu’à notre langue française qui n’existait évidemment pas à l’époque !
En effet, essayez avec une langue étrangère, le jeu de mot devient impossible. En anglais, par exemple, le mot pierre se dit « stone », ce qui n’a aucune ressemblance avec Petros… ni même avec Peter.

Mais laissons là le jeu de mots et revenons à l’appel de Jésus.

Il s’adresse à des pêcheurs de poissons. Le poisson a une valeur symbolique : le signe de reconnaissance des premiers chrétiens. Un poisson était gravé sur les tombeaux des chrétiens dans les catacombes. (La croix, emblème du Christ, n’est arrivée que plusieurs siècles plus tard.)
Aujourd’hui, au bord du lac, en appelant Simon et André, Jésus leur dit : « Je ferai de vous des pêcheurs d’hommes. » « Pêcheurs d’hommes ? »… pour les prendre dans un filet et les obliger à se soumettre ? Non !
Pour amener les hommes à se sortir de leur élément matérialiste, à venir respirer au grand vent de l’Esprit, au souffle divin. Les libérer de leur gangue matérialiste, leur montrer le chemin de l’Esprit, les inviter à trouver leur vraie vocation qui est celle de la spiritualité qui mène à Dieu.

C’est à nous qu’il est demandé aujourd’hui de devenir « pêcheurs d’hommes ». Il ne nous est pas demandé de tout abandonner, la famille, le travail, etc… Mais seulement de savoir les remettre à leur juste place, de ne pas leur donner une importance excessive, de ne pas leur consacrer toutes nos pensées, nos préoccupations, notre temps…au point de ne plus laisser de place au Seigneur !

On a beaucoup dit « c’est un appel aux prêtres et aux religieux… »
Mais, non ! C’est chacun de nous que Jésus appelle au plus profond de lui-même. Comme le Bon Pasteur qui connaît le nom de ses brebis, Jésus nous appelle chacun par notre nom.
A nous tous, il nous est demandé de devenir des « pêcheurs d’hommes », des « éveilleurs de conscience », pour nous d’abord et pour tous ceux qui nous entourent.
Nous sommes appelés individuellement mais aussi collectivement. Lutter pour sortir notre société de son matérialisme débridé, de sa soif de consommation, de son attitude arrogante face aux plus petits.
« On ne peut servir Dieu et Mammon. » nous a dit Jésus.
« Éveilleurs de conscience » cela veut dire : être des hommes debout, adultes dans notre foi, adultes dans la vie. Cela veut dire : témoigner de l’amour de Dieu dans nos jugements sur les autres, dans notre attitude envers tous les enfants de Dieu, quels qu’ils soient, sans exclusive.
Et puis, cela veut dire aussi : être authentique, refuser le « paraître », les masques. Être vrai avec soi même, d’abord, et avec les autres, bien sûr.

Ne pas jouer un rôle mais être vraiment soi-même, s’accepter tel qu’on est , laisser l’Esprit agir en nous, en vérité. C’est ainsi qu’à la suite des apôtres, nous serons à notre tour, des « pêcheurs d’hommes ». C’est ainsi que nous participerons à la construction et à l’avènement du Royaume de Dieu sur terre.

C’EST A CETTE PARTICIPATION QUE JESUS NOUS APPELLE AUJOURD’HUI.

Minnie BERNE

 
Communauté Catholique Saint-Luc Marseille
http://www.stluc.org