Les
Évangiles ont été écrits dans un style
propre à l’Orient.
Cela
correspond à l’époque de Jésus. Mais
aujourd’hui encore, les orientaux ont un langage très
imagé, plein de symboles, de paraboles. Ils comprennent
très bien cette forme de paroles qui correspond à
leur tempérament.
Jésus
laisse toujours ses auditeurs interpréter ces symboles
et ces paraboles. Chacun peut y trouver l’aliment qui lui
convient, parce qu’il est d’une richesse infinie.
Dans
cette méditation, je me suis surtout intéressée
à « l’appel des disciples ».
J’ai
été étonnée que ces hommes, sur un
simple appel d’un homme qui passe, abandonnent travail,
famille, brusquement, sans la moindre hésitation.
Je pense qu’ils connaissaient déjà Jésus,
au moins par ouï-dire.
Ils
avaient dû entendre parler de son enseignement, de l’homme
et peut-être de ses miracles.
Et puis, ils sont, tous, galiléens, ils se connaissaient
peut-être même comme voisins… Le narrateur ne
nous le dit pas : pour lui, c’est sans doute une évidence.
Mathieu veut nous amener tout de suite à l’essentiel.
Jésus connaît le cœur simple et droit de ces
hommes. Comme tous les juifs, ces pêcheurs attendaient un
homme fort, capable de les libérer de l’occupation
romaine. (N’oublions pas que Simon Pierre était un
zélote armé, c’est-à-dire un résistant.)
Le
fait qu’ils se connaissaient expliquerait, en partie, la
rapidité de la réponse et la fulgurance d’une
telle décision… qui ne se prend pas à la légère,
sur un coup de tête, mais après mûre réflexion.
En
outre, il faut que cela corresponde à un besoin profond,
à une soif de tout l’être, à une attente
essentielle.
Cette attente, nous l’avons vue, était présente
au cœur de tout enfant d’Israël.
Mais
Jésus les appelle à une conversion intérieure,
pas à une guerre, même sainte !
Ces
pêcheurs ont sûrement reconnu en lui un grand prophète
ou un envoyé de Dieu à son Peuple. Ceci expliquerait
leur adhésion presque immédiate à Jésus
et leur décision de le suivre sans hésitation.
Jésus
appelle tout d’abord Simon Pierre et André.
On a traduit le mot hébreux « Petros » par
Pierre.
Or, en hébreu « Petros » signifie « le
premier, l’aîné ».
Peut-être Simon était-il l’aîné
de sa famille…
C’est très important, dans la loi hébraïque,
le droit d’aînesse. Souvenons nous d’Esaü
qui vendit à son frère Jacob son droit d’aînesse
pour un plat de lentilles… L’aîné était
l’héritier, mais aussi, après le père,
le responsable, celui sur les épaules duquel reposait l’avenir
de la famille et aussi, parfois, de la tribu.
Ainsi,
Simon est le premier appelé et nous savons que, plus tard,
Jésus lui dira « Désormais, tu ne seras plus
Simon mais Petros, mon premier né, celui sur lequel je
bâtirai mon Église (mon assemblée).
J’ai toujours été très méfiante
du jeu de mots sur le nom de Pierre, parce qu’il ne peut
correspondre qu’à notre langue française qui
n’existait évidemment pas à l’époque
!
En effet, essayez avec une langue étrangère, le
jeu de mot devient impossible. En anglais, par exemple, le mot
pierre se dit « stone », ce qui n’a aucune ressemblance
avec Petros… ni même avec Peter.
Mais
laissons là le jeu de mots et revenons à l’appel
de Jésus.
Il
s’adresse à des pêcheurs de poissons. Le poisson
a une valeur symbolique : le signe de reconnaissance des premiers
chrétiens. Un poisson était gravé sur les
tombeaux des chrétiens dans les catacombes. (La croix,
emblème du Christ, n’est arrivée que plusieurs
siècles plus tard.)
Aujourd’hui, au bord du lac, en appelant Simon et André,
Jésus leur dit : « Je ferai de vous des pêcheurs
d’hommes. » « Pêcheurs d’hommes
? »… pour les prendre dans un filet et les obliger
à se soumettre ? Non !
Pour amener les hommes à se sortir de leur élément
matérialiste, à venir respirer au grand vent de
l’Esprit, au souffle divin. Les libérer de leur gangue
matérialiste, leur montrer le chemin de l’Esprit,
les inviter à trouver leur vraie vocation qui est celle
de la spiritualité qui mène à Dieu.
C’est
à nous qu’il est demandé aujourd’hui
de devenir « pêcheurs d’hommes ». Il ne
nous est pas demandé de tout abandonner, la famille, le
travail, etc… Mais seulement de savoir les remettre à
leur juste place, de ne pas leur donner une importance excessive,
de ne pas leur consacrer toutes nos pensées, nos préoccupations,
notre temps…au point de ne plus laisser de place au Seigneur
!
On
a beaucoup dit « c’est un appel aux prêtres
et aux religieux… »
Mais, non ! C’est chacun de nous que Jésus appelle
au plus profond de lui-même. Comme le Bon Pasteur qui connaît
le nom de ses brebis, Jésus nous appelle chacun par notre
nom.
A nous tous, il nous est demandé de devenir des «
pêcheurs d’hommes », des « éveilleurs
de conscience », pour nous d’abord et pour tous ceux
qui nous entourent.
Nous sommes appelés individuellement mais aussi collectivement.
Lutter pour sortir notre société de son matérialisme
débridé, de sa soif de consommation, de son attitude
arrogante face aux plus petits.
« On ne peut servir Dieu et Mammon. » nous a dit Jésus.
« Éveilleurs de conscience » cela veut dire
: être des hommes debout, adultes dans notre foi, adultes
dans la vie. Cela veut dire : témoigner de l’amour
de Dieu dans nos jugements sur les autres, dans notre attitude
envers tous les enfants de Dieu, quels qu’ils soient, sans
exclusive.
Et puis, cela veut dire aussi : être authentique, refuser
le « paraître », les masques. Être vrai
avec soi même, d’abord, et avec les autres, bien sûr.
Ne
pas jouer un rôle mais être vraiment soi-même,
s’accepter tel qu’on est , laisser l’Esprit
agir en nous, en vérité. C’est ainsi qu’à
la suite des apôtres, nous serons à notre tour, des
« pêcheurs d’hommes ». C’est ainsi
que nous participerons à la construction et à l’avènement
du Royaume de Dieu sur terre.
C’EST
A CETTE PARTICIPATION QUE JESUS NOUS APPELLE AUJOURD’HUI.
Minnie
BERNE |
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