Homélie

Homélie du 9 avril 2005 - Thèmes : Les disciples d’Emmaüs, le décès de Jean-Paul II
 

Parler de ce texte… (les Disciples d’Emmaüs) et peut-être en parler avec les évènements qui viennent de se passer et que nul ne peut ignorer…

Pour certains il dit le sens de l’Eucharistie : L’homme a besoin d’un ressourcement, même plus d’un éclairage. En prenant le risque de rencontrer l’autre, il peut être comme enseigné par la mémoire, que nous appelons la parole. Par le partage du pain, il est nourri et il comprend le signe. Cela lui donne des ailes, et il se transforme en messager. Voilà une manière de redire le texte.

Un premier point est-ce que je prends le risque de rencontrer et par cette rencontre, d’être déplacé ?

L’enseignement peut être reçu par des voies multiples. Il est celui de la Bible, il est « en direct » celui de Jésus ou de Dieu en nous. Il est aussi celui des événements privés ou de notre monde.

Fondamentalement, ce texte nous invite à nous rappeler qu’il nous faut accepter de nous laisser enseigner, transformer, toucher, interpeller. Comment sommes-nous presque renseignées (c’est de l’ordre de l’intelligence, de la compréhension, et il y a toujours de choses que nous ne comprenons pas), comment sommes-nous déplacés, c’est à dire non sertis sur nos positions qui risquent toujours de devenir idéologiques ou autarciques.

Pour cela il nous faut accepter, même désirer, d’être ouvert. Ces disciples qui marchent pourraient être fermés comme des huîtres, fermés par leur tristesse, fermés par leur certitude, certitude que tout est terminé. Malgré cela, ils acceptent d’entrer en relation avec le seul qui à Jérusalem n’a rien vu ni entendu !

Alors bien sûr on a beau jeu de dire c’est Jésus qui marchait avec eux. Ou bien il faut prendre le risque de dire que Jésus marche bien souvent avec nous. Mais sommes-nous ouverts pour l’accueillir et l’écouter.

Tout ceci est le versant sérieux de l’histoire du curé qui met sa confiance en Dieu seul et qui s’enfonce inéluctablement dans les sables mouvants, refusant tout aide extérieure. Par trois fois les pompiers passent, et il les refuse car « Dieu le sauvera ». Et quand il est face à Dieu, lui reprochant de ne pas l’avoir sauvé, Il lui répond : trois fois je suis passé, trois fois tu m’as refusé mon aide.

C’est aussi là que je dirai quelques mots sur l’homme Karol Wojtyla et la place qu’il a tenue dans le monde.

Dans la gestion des évènements, il peut y avoir beaucoup d’ambiguïté de sensibilité ou de sensiblerie, avec en plus quelques problèmes théologiques (saint Père, souverain, pontife, représentant de Dieu) et de médiations (effacement des intermédiaires ou renforcement de l’image papale), mais quand même, il a des choses qui ont changé et que l’on lui doit, au moins un peu.

Le temps d’une messe il n’y avait plus de conflit entre les vieux et les jeunes. Les jeunes étaient même présents dans la liturgie et dans leur uniforme. C’était bien aussi l’homme de conviction et l’homme de Dieu qu’ils honoraient. Il n’y avait plus, le temps d’un deuil, le monde religieux et le monde civil. Il n’y avait plus l’image de cette Eglise rejetée, inaudible comme à Pékin lors de la rencontre des femmes. Il n’y avait plus le monde des grands et des petits.

Il y avait aussi dans ces foules quelque chose qui m’aidera, dans la prière, à voir comment les foules allaient vers Jésus.Tout cela pour se laisser enseigner….

En écoutant le récit de la Pentecôte et le discours de Pierre, nous avons aussi entendu un modèle d’enseignement datant de 20 siècles ou un peu moins. S’il m’est un peu étrange, je sais aussi qu’il me revient, comme à chacun d’entre nous, de l’actualiser ou plutôt de le créer aujourd’hui, avec les mots d’aujourd’hui et pour les hommes et les femmes d’aujourd’hui.

Le second thème à développer serait celui des ailes qui naissent à la rencontre de Dieu, et renvoient dans le monde et vers les frères (donc aussi les sœurs). Si nous sommes fatigués, si nous sommes en veilleuse, peut être faut-il demander cette flamme qui fait se lever, au delà des jambes fatiguées, qui fait repartir, y compris pour ceux d’Emmaüs, pour parcourir en sens inverse un chemin dangereux dans la nuit.

Il nous revient de nous laisser enseigner et nourrir pour devenir toujours plus des hommes et des femmes de cœur et d’écoute, des hommes et des femmes habités et nourris par Dieu.

Oui si vraiment le Christ est ressuscité, il y a une révolution en cours… Mais il est toujours difficile de gérer dans l’ordre une révolution…. Il revient à chaque génération de le faire.

Parole à l’assemblée
(FXB)
 

Communauté Catholique Saint-Luc Marseille
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