LES MESSES AVEC PARTAGE DE VIE
Pourquoi faire un partage de vie au cours d'une messe ? Cette gestion pose en
fait une question plus vaste et plus essentielle , qu'est-ce qu'une eucharistie
?
Une action de grâces, certes, mais pour quoi ? Pour remercier individuellement et collectivement Dieu ? Le renvoi à la Cène met en évidence le sens exact de cette dimension collective de l'action de grâces. Le Christ rend grâces au Père entouré de ses disciples et partage entre eux le pain et le vin. A aucun moment, cette Cène n'institue une action individuelle, tout y est collectif et partage.
De même, nous croyons en un seul Dieu, mais un Dieu-Amour. en trois personnes entre lesquelles se vit cette relation d'Amour qu'Il propose aussi aux hommes. Le plus grand des commandements que le Christ nous ait donné nous amène aussi à la relation aux autres : "Aimez vous les uns les autres comme je vous ai aimé". Comment ne pas traduire en actes pendant l'eucharistie cette invitation à la relation, et de façon plus développée que par le simple geste de paix (qui fut, il y a quelques années, un progrès immense dans la relation en rompant le côtoiement silencieux des messes d'alors) ou par l'acte collectif du chant et des prières dites ensemble. Dire ou faire ensemble une même chose n'est pas être en relation car la relation se fait à partir de la prise en compte de la singularité de l'autre.
Que
partager alors ? Notre amour, certes ! Non pas une bienveillance de principe,
mais l'amour qui passe d'abord par la connaissance des autres et aussi par l'acceptation
de leur ouvrir notre petite planète intérieure. Le temps d'adoration
personnelle, si nécessaire pour chacun de nous, n'est probablement pas
à vivre pendant l'eucharistie : la présence du Christ ne peut
pas nous replier sur nous-même, mais devrait au contraire nous ouvrir
plus pleinement aux autres.
Ne nous imaginons pas avoir créé quelque chose d'extraordinaire
à Saint-Luc puisque l'idée de ce type de célébration
nous est venu en écoutant le récit de Renée qui nous décrivait
des messes à New-York où les gens commençaient très
spontanément par un échange de nouvelles personnelles. Certes,
loin de nous l'idée de vouloir suivre le "modèle américain"
! Mais tout à coup, nos messes individualistes, où nous sommes
sagement assis côte à côte, nous ont paru manquer de vie,
de partage réel.
Si nous avons du mal à accepter ce type de célébration, c'est que nous avons une longue habitude de repliement sur nous pendant les eucharisties (ce qu'on nous avait appris à appeler 'recueillement', mais ne confondons pas habitude et pertinence du comportement ! Les premiers banquets eucharistiques étaient, comme leur nom l'indique, et comme l'était la Cène - autrement dit le repas -, des repas animés par l'amour du Christ et l'amour du prochain, voire, si l'on en croit saint Paul, l'amour de la bonne chère !
Les échanges dans les divers petits groupes que nous formons sont inégaux, nous dit-on. Et alors ? Il ne s'agit ici ni de conversation intellectuelle, ni de propos mondains, mais de partager avec les autres, en toute simplicité, en toute humilité, notre quotidien et cette Vie donnée par Dieu, qui anime les actes les plus terre à terre, ou qui permet de ne pas se laisser submerger, ou encore qui nous irrigue de joie à certains moments. Cette Vie éveillera la Vie en l'autre. Le partage, c'est cela : donner ce que l'on a de plus précieux, sa Vie dans le Christ.
Chantal
Guyon