MARIE DE MAGDALA ET LES DISCIPLES
C'est
le soir du premier jour de la semaine juste après la mort de Jésus,
Marie de Magdala vient d'annoncer aux disciples que Jésus est Vivant.
"Elle l'a vu, lui a parlé" dit-elle.
Et curieusement, au lieu d'accueillir avec joie cette nouvelle, les disciples
prennent peur, s'enferment, verrouillent les portes. Ils n'essaient même
pas de partir pour vérifier ce que vient de leur dire Marie. En réalité,
ils ne la croient pas. Une femme, ce n'est pas très crédible,
surtout à cette époque ! Et puis être vivant après
la mort, ça, ce n'est pas encore entré dans le champ de leur compréhension.
Ils ont peur des juifs, peur du monde dans lequel ils évoluent et que
Jésus a un peu bousculé par ses parole sur le Royaume, sur l'amour
- un petit séisme dans cette société bien établie.
Et ils ont une attitude de repli, de refus. Jésus leur avait pourtant
bien dit qu'il ressusciterait. De plus, Marie de Magdala, la première
s'était rendue compte que le tombeau était vide et elle était
tout de suite venue les avertir. Et ils avaient pu eux aussi constater effectivement
qu'il n'y avait personne dans le tombeau. Mais cela n'allait pas plus loin pour
eux.
La Résurrection, c'est difficile à imaginer. Pour les disciples,
c'est une vision qui échappe à leur petite vie terrestre ordinaire.
Ils n'ont pas compris les paroles de Jésus, étant trop pris dans
la matérialité de leur existence. Marie est la première
à recevoir cette révélation. Elle devrait même être
le seul et principal apôtre de Jésus puisqu'elle se trouve chargée
de cette mission : "va trouver mes frères et dis leur que je monte vers
mon Père et votre Père, mon Dieu et vôtre Dieu". Le seul
témoignage de Marie aurait dû suffire au reste de l'humanité.
Mais, et cela Jésus le sait, les hommes ont besoin de voir les trous
dans les mains et les trous dans les pieds, et même comme Thomas d'y toucher
pour être rassurés. Ils ont besoin d'accumuler les preuves et de
se livrer à une enquête policière pour croire.
Pour leur prouver qu'Il possède maintenant plus que les limites humaines
naturelles.., Jésus passe à-travers les murs, ajoutant sur le
moment encore à leur peur. Aussi, inutile de prolonger le stress, il
leur dit tout de suite -"Paix à vous".
Et chaque fois, que par la suite, il se manifestera à eux, il emploiera
le mot "Paix" comme s'il savait que la peur et le doute sont comme le flux et
le reflux, des sentiments qui reviennent sans cesse pour s'opposer à
la foi et à l'espérance; comme si nous étions sans cesse
ramenés à notre point de départ. Et comme si la Paix, en
contrepartie, devait aussi être donnée sans cesse, à profusion.
C'est cette Paix donnée au point que, même si elle n'est pas reçue,
n'est jamais perdue. Ne leur avait-il pas dit un jour :"Portez la Paix dans
cette maison où vous passez. Si cette maison la refuse, la paix reviendra
sur vous" ? Quelle espérance de se dire que la quantité et la
qualité de la Paix donnée ne sont jamais perdues ! Si chacun de
nous pouvait mesurer ce don et cet échange, pourrions-nous porter encore
en nous une parcelle de haine ou de division ? "Paix à vous".
Les disciples sont rassurés par des gestes tout simples. Jésus
se montre à eux, mange avec eux. Et la peur des disciples fait place
à la joie. Jésus va alors leur faire franchir une nouvelle étape.
"De même que le Père m'a envoyé, moi aussi, je vous envoie.
Recevez l'Esprit-Saint.
A Marie de Magdala, Jésus n'a pas eu besoin de lui montrer ses mains
et ses pieds. Il a simplement prononcé son nom. Il n'a même pas
eu besoin de lui dire :"Reçois l'Esprit-Saint" pour l'envoyer en
mission. Marie reconnaît Jésus et reçoit en même temps
l'Esprit-Saint à la simple formulation de son nom tout comme Jésus
vis-à-vis du Père: "Celui-ci est mon fils bien-aimé et
l'Esprit vint sur lui comme une colombe". Marie vit déjà la Résurrection
avant même les disciples.
La joie lui est déjà donnée - une joie impossible à
faire partager car elle fait partie de l'identité de l'être. Cette
joie ne peut naître que de la rencontre. Et pour Marie, Jésus fait
tomber les murs de l'anonymat. Mais pour nous qui arrivons après comme
les disciples, seul un passage à-travers nos murs qui nous enferment
dans nos peurs et nos doutes peut provoquer la véritable rencontre.
Pour cela, peut-être faut-il réentendre les simples paroles de
Marie de Magdala premier apôtre envoyé en mission témoignant
à la façon de Jean-Baptiste : "Je l'ai vu, Il m'a parlé"
Et le petit groupe des disciples va grandir
Christiane Guès.