Heureux
les pauvres de cœur, le Royaume des cieux est à eux.
Heureux les doux, ils auront la terre en partage.
Heureux ceux qui pleurent, ils seront consolés.
Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, ils seront rassasiés.
Heureux les miséricordieux, il leur sera fait miséricorde.
Heureux les cœurs purs, ils verront Dieu.
Heureux ceux qui font œuvre de paix, ils seront appelés
fils de Dieu.
Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice,
le Royaume des cieux est à eux.
Heureux êtes-vous lorsque l’on vous insulte, que l’on
vous persécute et que l’on dit faussement contre
vous toute sorte de mal à cause de moi. Soyez dans la joie
et l’allégresse car votre récompense est grande
dans les cieux !
Les
béatitudes que l’évangéliste place
au début du Sermon sur la montagne sont le discours programme
où Jésus trace la route qui mène de la terre
au ciel. Clauses renouvelées de l’Alliance conclue
jadis au Sinaï. Ces paroles nous redisent à la fois
qui est Jésus, qui est Dieu et ce qu’il nous est
promis d’être et de devenir.
Neuf
fois répété, ce mot de « heureux »
trace par avance la figure d’humanité que Jésus
propose à ses disciples et par eux à nous.
Neuf
béatitudes qui tracent la route que Jésus lui-même
va parcourir. Béatitudes qui vont prendre en lui chair
d’humanité, disant à la fois Dieu et l’homme
en gestes et en mots d’homme.
«
Bienheureux les pauvres de cœur, le Royaume des cieux est
à eux »
« Bienheureux ceux qui sont persécutés pour
la justice, le Royaume des cieux est à eux »
Ainsi
sont encadrées les huit premières béatitudes
: aux pauvres de cœur, aux assoiffés de justice, le
Royaume est déjà donné. Voilà qui
est Jésus et par lui, voilà ce que nous affirmons
du Dieu que nous appelons Père.
Pauvre,
oui Dieu est pauvre, sa Toute-Puissance est celle d’un pauvre.
Cette pauvreté est le nom humain de l’immense richesse
de Dieu, car celle-ci est offerte à tous. Richesse qui
est don sans repentance de tout ce que Dieu est et crée.
Don
du Père au Fils dans l’Esprit Trinité où
tout est partage et échange. Don du Père qui ne
garde rien pour lui et qui nous fait don de sa propre béatitude
en nous donnant son Fils. Don du Fils qui ne garde rien de sa
propre béatitude en nous faisant don de son Esprit qui
nous façonne à sa ressemblance.
Pauvreté
de cœur, don absolu de soi sans repentance, qui ont pour
corollaire cette soif de justice où chacun est accueilli
dans la totalité de son être et de son existence.
Reconnu fils dans le Fils et frère bien-aimé. Figure
de Dieu en mots humains.
Pauvreté
et justice viennent contredire l’image spontanée
d’un Dieu Tout-Puissant et dominateur. Image faussée
par la prétention d’autosuffisance sans cesse revendiquée
par l’homme de génération en génération
et qui a nom « péché ».
Image
de Dieu faussée que Jésus vient détruire
et remodeler, mais qui soulève contre lui et contre tout
homme se faisant son disciple cette vague de contradiction et
de persécution dont la Passion révèle la
violence et l’horreur meurtrière. Oui, bienheureux
sont-ils ceux dont la pauvreté de cœur a attisé
la soif de justice : le Royaume des cieux est déjà
leur patrie. Présent en leur cœur, il se réalise
en eux et, par eux, autour d’eux, Ciel déjà
présent sur notre terre.
Les
six autres béatitudes, encadrées par la présence
du Royaume, annoncent par des futurs successifs les chemins à
parcourir du Royaume.
- Douceur
infinie de Dieu à faire grandir en chacun de nous.
-
Certitude qu’aucune larme ne sera vaine quand elle se
mêle à celles de Jésus.
-
Certitude que toute faim de corps ou d’esprit trouvera
sur cette route une plénitude qui rassasie.
-
Certitude que les cœurs grand ouverts ouvriront d’autres
cœurs au partage.
-
Certitude que la droiture du désir sera la source perceptible
de la présence de Dieu.
-
Certitude que la paix que nos pensées et nos mains bâtiront
révélera notre qualité de Fils de Dieu
et quelque chose des traits du visage de Jésus.
Oui,
bienheureux celles et ceux qui s’avancent sur cette route
! Le Royaume est en eux, le Royaume advient par eux.
Alors,
qu’importent les insultes et les calomnies, les incompréhensions
et les contradictions qui accompagnent la neuvième béatitude.
Bienheureux celles et ceux qui se les sont attirées. En
eux le visage du Crucifié ressuscité redit la pauvreté
et la soif du Dieu Père. Leur allégresse peut être
sans borne. Ils ont déjà en eux la source des béatitudes
du Royaume. Et ils l’auront grandissante.
Vision
idyllique ? Mais chacun d’entre nous ne reconnaît-il
pas dans ces paroles quelque chose, si ténue soit-elle,
de sa propre expérience ? Béatitudes sans doute
vécues aujourd’hui comme le grain de sénevé,
mais promises à la taille de l’arbre aux rameaux
immenses ouvert à tous les oiseaux du ciel.
Émile
Lévecq, s. j.
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