Méditation

LES BÉATITUDES (Mt, 5 3-12), par Émile LÉVESQ

Heureux les pauvres de cœur, le Royaume des cieux est à eux.
Heureux les doux, ils auront la terre en partage.
Heureux ceux qui pleurent, ils seront consolés.
Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, ils seront rassasiés.
Heureux les miséricordieux, il leur sera fait miséricorde.
Heureux les cœurs purs, ils verront Dieu.
Heureux ceux qui font œuvre de paix, ils seront appelés fils de Dieu.
Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, le Royaume des cieux est à eux.
Heureux êtes-vous lorsque l’on vous insulte, que l’on vous persécute et que l’on dit faussement contre vous toute sorte de mal à cause de moi. Soyez dans la joie et l’allégresse car votre récompense est grande dans les cieux !

Les béatitudes que l’évangéliste place au début du Sermon sur la montagne sont le discours programme où Jésus trace la route qui mène de la terre au ciel. Clauses renouvelées de l’Alliance conclue jadis au Sinaï. Ces paroles nous redisent à la fois qui est Jésus, qui est Dieu et ce qu’il nous est promis d’être et de devenir.

Neuf fois répété, ce mot de « heureux » trace par avance la figure d’humanité que Jésus propose à ses disciples et par eux à nous.

Neuf béatitudes qui tracent la route que Jésus lui-même va parcourir. Béatitudes qui vont prendre en lui chair d’humanité, disant à la fois Dieu et l’homme en gestes et en mots d’homme.

« Bienheureux les pauvres de cœur, le Royaume des cieux est à eux »
« Bienheureux ceux qui sont persécutés pour la justice, le Royaume des cieux est à eux »

Ainsi sont encadrées les huit premières béatitudes : aux pauvres de cœur, aux assoiffés de justice, le Royaume est déjà donné. Voilà qui est Jésus et par lui, voilà ce que nous affirmons du Dieu que nous appelons Père.

Pauvre, oui Dieu est pauvre, sa Toute-Puissance est celle d’un pauvre. Cette pauvreté est le nom humain de l’immense richesse de Dieu, car celle-ci est offerte à tous. Richesse qui est don sans repentance de tout ce que Dieu est et crée.

Don du Père au Fils dans l’Esprit Trinité où tout est partage et échange. Don du Père qui ne garde rien pour lui et qui nous fait don de sa propre béatitude en nous donnant son Fils. Don du Fils qui ne garde rien de sa propre béatitude en nous faisant don de son Esprit qui nous façonne à sa ressemblance.

Pauvreté de cœur, don absolu de soi sans repentance, qui ont pour corollaire cette soif de justice où chacun est accueilli dans la totalité de son être et de son existence. Reconnu fils dans le Fils et frère bien-aimé. Figure de Dieu en mots humains.

Pauvreté et justice viennent contredire l’image spontanée d’un Dieu Tout-Puissant et dominateur. Image faussée par la prétention d’autosuffisance sans cesse revendiquée par l’homme de génération en génération et qui a nom « péché ».

Image de Dieu faussée que Jésus vient détruire et remodeler, mais qui soulève contre lui et contre tout homme se faisant son disciple cette vague de contradiction et de persécution dont la Passion révèle la violence et l’horreur meurtrière. Oui, bienheureux sont-ils ceux dont la pauvreté de cœur a attisé la soif de justice : le Royaume des cieux est déjà leur patrie. Présent en leur cœur, il se réalise en eux et, par eux, autour d’eux, Ciel déjà présent sur notre terre.

Les six autres béatitudes, encadrées par la présence du Royaume, annoncent par des futurs successifs les chemins à parcourir du Royaume.

  • Douceur infinie de Dieu à faire grandir en chacun de nous.
  • Certitude qu’aucune larme ne sera vaine quand elle se mêle à celles de Jésus.
  • Certitude que toute faim de corps ou d’esprit trouvera sur cette route une plénitude qui rassasie.
  • Certitude que les cœurs grand ouverts ouvriront d’autres cœurs au partage.
  • Certitude que la droiture du désir sera la source perceptible de la présence de Dieu.
  • Certitude que la paix que nos pensées et nos mains bâtiront révélera notre qualité de Fils de Dieu et quelque chose des traits du visage de Jésus.

Oui, bienheureux celles et ceux qui s’avancent sur cette route ! Le Royaume est en eux, le Royaume advient par eux.

Alors, qu’importent les insultes et les calomnies, les incompréhensions et les contradictions qui accompagnent la neuvième béatitude. Bienheureux celles et ceux qui se les sont attirées. En eux le visage du Crucifié ressuscité redit la pauvreté et la soif du Dieu Père. Leur allégresse peut être sans borne. Ils ont déjà en eux la source des béatitudes du Royaume. Et ils l’auront grandissante.

Vision idyllique ? Mais chacun d’entre nous ne reconnaît-il pas dans ces paroles quelque chose, si ténue soit-elle, de sa propre expérience ? Béatitudes sans doute vécues aujourd’hui comme le grain de sénevé, mais promises à la taille de l’arbre aux rameaux immenses ouvert à tous les oiseaux du ciel.

Émile Lévecq, s. j.

 
Communauté Catholique Saint-Luc Marseille
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